Tandis que l'Europe cherche encore son modèle de soutien aux startups technologiques, la Corée du Sud accélère. Selon KoreaTechDesk, le ministère des PME et des Startups a ouvert les candidatures pour l'édition 2026 du programme Super-Gap, avec l'ambition de sélectionner 120 startups dans 12 industries du futur. Chaque entreprise retenue pourra recevoir jusqu'à 2,2 milliards de wons (environ 1,5 million d'euros) sur cinq ans.
120 startups, 12 industries, une ambition : dominer la deep-tech mondiale
Lancé en 2023, le programme Super-Gap est devenu le fer de lance de la stratégie coréenne d'accélération technologique. En trois ans, il a accompagné 604 startups et contribué à l'émergence de trois licornes mondiales, dont FuriosaAI, spécialiste des puces d'intelligence artificielle.
Super-Gap 2026 en chiffres
- 120 startups sélectionnées pour l'édition 2026
- 12 industries du futur ciblées
- 2,2 milliards de wons (~1,5 M€) par startup sur 5 ans
- 3 licornes créées depuis le lancement du programme
- 604 startups accompagnées depuis 2023
L'édition 2026 élargit le périmètre à 12 secteurs stratégiques, regroupés en six catégories : IA et semi-conducteurs, biotechnologies, industries créatives, défense et aérospatial, technologies vertes, et capteurs industriels.
Cette structuration reflète la doctrine de « super-innovation économique » promue par le gouvernement Yoon, qui vise à positionner la Corée sur les technologies de rupture plutôt que sur l'innovation incrémentale.
FuriosaAI : la licorne née du programme Super-Gap
Le succès le plus emblématique du programme reste FuriosaAI. Cette startup, fondée en 2017, développe des puces spécialisées pour l'inférence d'intelligence artificielle, concurrençant directement Nvidia sur certains segments.
En 2025, FuriosaAI a bouclé une levée de fonds de 170 milliards de wons (environ 130 millions de dollars), atteignant le statut de licorne. Parmi ses investisseurs : Korea Development Bank et Kakao Investment, témoignant de la capacité du programme à mobiliser capitaux publics et privés.
D'autres succès incluent Nota, spécialiste de l'optimisation de modèles d'IA, désormais cotée au KOSDAQ, et Rebellions, concurrent direct de FuriosaAI qui a levé 340 milliards de wons en 2025.
Pour les entreprises françaises qui souhaitent suivre ces évolutions, des services de veille technologique en intelligence artificielle permettent d'identifier les innovations susceptibles d'impacter leur secteur.
Quantum computing, defense tech : les paris audacieux de Séoul
Ce qui distingue Super-Gap des programmes d'accélération classiques, c'est son focus sur la deep-tech à cycle long. Là où la plupart des incubateurs privilégient les startups logicielles à croissance rapide, Séoul mise sur des technologies qui nécessitent des années de R&D avant d'atteindre le marché.
La fusion nucléaire illustre cette approche. Plusieurs startups coréennes travaillent sur des réacteurs compacts, avec le soutien du programme. Un pari risqué, mais potentiellement transformateur si la technologie aboutit.
Le quantique fait également partie des priorités. La Corée ambitionne de développer un ordinateur quantique opérationnel d'ici 2030, et Super-Gap finance les briques technologiques nécessaires : qubits, correction d'erreurs, algorithmes.
Trois programmes complémentaires : Tech-Up, Link-Up, Boost-Up
Au-delà du financement direct, Super-Gap déploie trois initiatives thématiques pour accompagner les startups vers la maturité :
Tech-Up accélère la commercialisation en intégrant des technologies externes aux capacités R&D des startups. Le programme sélectionne notamment 10 startups fabless (conception de semi-conducteurs sans usine), chacune recevant jusqu'à 250 millions de wons pour la production de prototypes.
Link-Up facilite les partenariats d'innovation ouverte entre startups et grands groupes. L'accent est mis sur l'IA verticale, les modèles de langage spécialisés et la transformation sectorielle.
Boost-Up organise l'accès aux investisseurs internationaux via le Super-Gap Venture Capital Membership. Des roadshows sont prévus aux États-Unis, au Japon et en Europe pour connecter les startups coréennes aux fonds mondiaux.
Quelles leçons pour la French Tech ?
Le modèle coréen offre plusieurs enseignements pour l'écosystème français.
La concentration des moyens. Plutôt que de saupoudrer les aides sur des milliers de projets, Séoul concentre des ressources significatives sur un nombre limité de startups à fort potentiel. Chaque lauréat Super-Gap reçoit en moyenne dix fois plus qu'une startup française accompagnée par Bpifrance.
L'horizon long terme. Le financement sur cinq ans, avec possibilité d'extension, permet aux startups deep-tech de traverser la « vallée de la mort » qui sépare la recherche de la commercialisation. En France, les cycles de financement plus courts pénalisent les projets à maturation lente.
L'articulation public-privé. Super-Gap ne se substitue pas au capital-risque, il le complète. Les startups accompagnées attirent ensuite des investisseurs privés, créant un effet de levier.
Le focus sectoriel. En ciblant 12 industries précises, Séoul évite la dispersion et crée des masses critiques. Les startups d'un même secteur peuvent collaborer, partager des infrastructures, attirer des talents spécialisés.
Comme nous l'avons analysé dans notre article sur Rapidus, l'Asie investit massivement dans les technologies stratégiques. La Corée du Sud en est un exemple particulièrement abouti.
La Corée, laboratoire de la deep-tech mondiale
Avec Super-Gap, la Corée du Sud ne se contente pas de rattraper son retard sur les États-Unis ou la Chine. Elle construit un modèle original d'accélération technologique, adapté aux spécificités de la deep-tech : cycles longs, besoins capitalistiques élevés, risques technologiques importants.
Les résultats parlent d'eux-mêmes : trois licornes en trois ans, 14 introductions en bourse, un écosystème de semi-conducteurs IA qui rivalise avec la Silicon Valley. Pour les observateurs européens, c'est une invitation à repenser les politiques d'innovation.
La compétition technologique mondiale ne se gagne pas avec des discours, mais avec des moyens. Séoul l'a compris.