La robotique humanoïde connaît une accélération sans précédent. Tandis que Tesla promet son Optimus « dans quelques années », la Chine a déjà franchi le cap de la production industrielle. Selon CNBC, Unitree Robotics prépare une introduction en bourse qui pourrait valoriser l'entreprise à 50 milliards de yuans, soit environ 7 milliards de dollars. Un signal fort pour une industrie que Pékin considère désormais comme stratégique.
La Chine produit déjà 15 000 robots humanoïdes par an
Les chiffres donnent le vertige. Selon les estimations du cabinet Omdia, environ 15 000 unités de robots humanoïdes seront expédiées en 2025, dont une part significative provient des usines chinoises. Unitree et son concurrent AgiBot (également connu sous le nom de Zhiyuan Robotics) se partagent l'essentiel de ce marché naissant.
| Fabricant | Modèle | Prix | Taille | Production 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Unitree | G1 | 16 000 $ | 1,30 m | 5 000+ |
| AgiBot | A2 | ~25 000 $ | 1,65 m | 5 000 |
| Tesla | Optimus | 20 000 $+ | 1,73 m | ~1 000 |
| XPeng | Iron | 150 000 $ | 1,73 m | Prototype |
Cette montée en puissance s'inscrit dans une stratégie nationale. En 2023, le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information a publié des directives appelant à une « production à grande échelle » de robots humanoïdes dès 2025. Le fondateur d'Unitree, Wang Xingxing, faisait d'ailleurs partie du groupe restreint d'entrepreneurs reçus par Xi Jinping début 2025.
Pour les entreprises françaises qui envisagent d'intégrer ces technologies, des solutions d'automatisation intelligente permettent déjà de préparer le terrain, en identifiant les processus susceptibles d'être robotisés.
Unitree G1 contre Tesla Optimus : le rapport qualité-prix qui change tout
Le nerf de la guerre reste le prix. Et sur ce terrain, les fabricants chinois ont pris une longueur d'avance considérable.
Des tarifs qui défient toute concurrence
Le Unitree G1, modèle phare de la marque, affiche un prix de départ de 16 000 dollars. Mais c'est le tout récent Unitree R1, dévoilé fin 2025, qui fait sensation : son tarif d'entrée se situe autour de 5 600 dollars. À titre de comparaison, le Tesla Optimus Gen2 devrait coûter au minimum 20 000 dollars selon les analystes de Morgan Stanley.
Cette différence de prix ne relève pas du hasard. Les fabricants chinois bénéficient d'une chaîne d'approvisionnement locale intégrée, de coûts de main-d'œuvre compétitifs et d'un soutien gouvernemental massif. Unitree affirme d'ailleurs être rentable depuis 2020, avec un chiffre d'affaires dépassant le milliard de yuans (environ 140 millions de dollars).
Capacités techniques : danse, manipulation, autonomie
Le G1 dispose de 23 degrés de liberté, lui permettant des mouvements complexes allant de la danse à la boxe. Ses capacités de manipulation d'objets et de déplacement autonome en font un candidat sérieux pour des applications industrielles et de service.
Morgan Stanley note que si ces robots « bon marché » ne sont pas les plus avancés techniquement, ils permettent à Unitree de collecter des données précieuses pour entraîner ses prochaines générations de modèles d'intelligence artificielle embarquée.
2026 : l'année du débarquement en Europe ?
L'introduction en bourse prévue d'Unitree, attendue entre octobre et décembre 2025, pourrait accélérer son expansion internationale. Les constructeurs automobiles chinois BYD et Geely ont déjà déployé des robots Unitree sur leurs lignes de production.
Pour l'Europe, la question n'est plus de savoir si ces robots arriveront, mais quand et dans quelles conditions. Les barrières réglementaires, notamment en matière de sécurité et de protection des données, pourraient ralentir leur adoption. Mais la pression concurrentielle exercée sur les industriels européens risque de précipiter les décisions.
Comme nous l'avons évoqué dans notre article sur XPeng Iron, les constructeurs automobiles chinois investissent massivement dans la robotique humanoïde, créant des synergies entre leurs activités.
Applications pour les PME françaises : fantasme ou réalité ?
À 5 600 dollars l'unité, un robot humanoïde devient théoriquement accessible à une PME. Mais plusieurs obstacles demeurent.
Le premier est technique : ces robots nécessitent une infrastructure logicielle et une expertise en intégration que peu d'entreprises possèdent en interne. Le second est réglementaire : les normes européennes de sécurité des machines (directive 2006/42/CE) imposent des certifications que les fabricants chinois n'ont pas encore obtenues pour le marché européen.
Enfin, la question de la maintenance et du support technique reste entière. Qui assurera le SAV d'un robot Unitree à Bordeaux ou à Lyon ?
Pour autant, certains cas d'usage émergent déjà : accueil et orientation dans les showrooms, assistance logistique dans les entrepôts, ou encore collecte de données dans les environnements industriels. Les entreprises pionnières qui sauront anticiper ces évolutions pourraient prendre une longueur d'avance sur leurs concurrents.
L'écosystème américain garde des atouts
Si la Chine domine la production de masse, les États-Unis conservent des avantages structurels dans l'écosystème global de la robotique IA. Nvidia et Intel fournissent les puces, Google et Meta développent les modèles d'intelligence artificielle, tandis que des startups comme Physical Intelligence et Skild AI travaillent sur les logiciels de contrôle.
Fait révélateur : les fabricants chinois de robots humanoïdes, y compris Unitree, sont parmi les premiers adopteurs des technologies Nvidia, notamment la plateforme Jetson AGX Thor qui permet des interactions en temps réel avec les humains.
Cette interdépendance technologique pourrait devenir un levier de négociation dans les tensions commerciales sino-américaines. Elle rappelle aussi que la course aux robots humanoïdes ne se gagne pas uniquement sur le terrain du hardware.
Perspectives : 3 milliards de robots d'ici 2060 ?
Les analystes de Merrill Lynch estiment que les expéditions mondiales de robots humanoïdes atteindront 18 000 unités en 2025, contre 2 500 l'année précédente. Leur projection à long terme évoque une population robotique mondiale de 3 milliards d'unités d'ici 2060.
Ces chiffres, aussi vertigineux soient-ils, traduisent une conviction partagée par les investisseurs et les gouvernements : la robotique humanoïde n'est plus un fantasme de science-fiction. Elle devient une réalité industrielle, avec la Chine en position de leader.
Pour les entreprises françaises, le temps de l'observation touche à sa fin. Celui de la préparation a commencé.